mer 20 juin 2007
Paul Auster - Travels in the Scriptorium
20 06 2007"Dans le scriptorium" pour les francobibliophages.

La dernière livraison de Paul Auster est parue en traduction française au début de cette année, dans une relative indifférence à mon avis totalement imméritée — d'où ce billet dont j'espère qu'il vous mettra l'eau à la bouche…
Travels in the Scriptorium n'est certes pas d'un abord aussi facile que le précédent Brooklyn Follies, qui se prêtait aussi bien à une lecture au premier degré qu'à une exploration plus fouillée. Ce dernier roman (?) échappe dès l'abord au parcours naïf d'une "histoire".
Un homme âgé se réveille dans une chambre, ou plutôt une cellule. La tête lui tourne, il se sent faible et ne peut guère se déplacer. Un lit, un bureau, une chaise. Une fenêtre aveugle, deux portes : l'une donne sur l'extérieur, l'autre sur une salle de bains. Sur chaque élément de la pièce, une étiquette portant le nom de la chose. Sur le bureau, une pile de photos, deux manuscrits, un stylo. Puis des visiteurs, dont Anna, qui l'appelle "Mr Blank", et lui parle d'autres personnes, de relations qu'il aurait eues avec elles. Des médicaments à prendre, un récit à compléter. Ce voyage est pour Mr Blank un lent travail de reconstitution : que fait-il là ? Qui sont ces visiteurs, et ces personnes dont on lui parle ? Qui a écrit le manuscrit ? Qu'attend-on de lui ?
Le suspense est excellemment construit, et tient en haleine même le lecteur le plus sceptique, mais là n'est pas l'essentiel : Travels in the Scriptorium est avant tout une magistrale démonstration du talent d'Auster pour jouer avec les conventions et se jouer d'elles : celles du langage, celles du récit romanesque autant que celles de la littérature post-moderne, comme le work in progress et l'autoréflexivité de l'art.
Je n'en dis pas plus, le plaisir de la découverte devant être entier. Il vaut peut-être mieux avoir déjà exploré l'univers de Paul Auster, tant cette œuvre-ci fait écho aux autres — à moins qu'elle n'en constitue justement un point d'entrée idéal…
La traduction a été assurée par Christine Le Bœuf, traductrice "attitrée" d'Auster chez Actes Sud — je ne l'ai pas lue, mais c'est l'assurance d'un plaisir de lecture intact.
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