mar 7 oct 2008

Wackness - Jonathan Levine

07 10 2008

New York, 1994. Hip-hop, cannabis, mal-être adolescent, ainsi que les poncifs cinématographiques de la série américaine lambda pour pré-pubères. Ah oui ? Oui, mais pas que ! Et c'est pour ça que ce film est si croustillant.

Luke Shapiro, en vacances avant de rentrer en première année de fac, dealer d'herbe et féru de hip-hop. Errant entre sa famille endettée, les disputes entre ses parents qui en découlent, et son aspiration à une vie sentimentale et sexuelle plus épanouie, il s'entretient régulièrement avec son psy, le Dr. Squires. Ayant d'abord connu ce dernier via son "business", il paye les consultations en herbe. Tout deux ont le sentiment d'être à la marge de la société. De cette solitude commune, et malgré leur grande différence d'âge, va naître une désespérante amitié.

Luke, ce n'est pas un mec comme les autres. Il est cool, tout le monde l'apprécie. Enfin, surtout en cas de besoin dans les soirées branchées. Il ne se sent pas comme les autres. Il n'a pas beaucoup d'amis à vrai dire. Puis, il est sensible. Il écoute du rap, mais il est tourmenté comme un adolescent romantique idolâtrant Kurt Cobain (cette référence n'est pas anodine par rapport au film, quoique), et plein de bon sentiments comme un hippie. Ce dont il a besoin dans l'instant : une relation sentimentale, amoureuse. Cela tombe bien, il fait la rencontre de la belle-fille de son psycho pour laquelle il s'éprend immédiatement. Certes c'est un rêveur Luke, mais ce qu'il veut dans le fond c'est du sexe. Et oui, 18 ans et toujours puceau. Ses fantasmes ressemblent, en effet, plus à un film porno qu'à une histoire érotico-romantique bien ficelée lorsqu'il se masturbe dans sa chambre. Il suffira d'ailleurs qu'il couche avec sa désiré pour tomber amoureux d'elle. Mais elle s'en fout, belle et friquée, elle a déjà beaucoup d'expérience à son actif. On comprend que c'est une fille assez facile. Il lui avoue tout et elle prend peur. Il tombe dans une profonde déprime (superficielle ?). Parallèlement, il s'entretient avec le doc. Lui, il déprime sévère sur son couple. Mariage raté. En regardant par dessus son épaule, il voit déjà l'épaisse couche de poussière qui surnage le palimpseste de ses souvenirs. Ainsi hanté par la peur de devenir un "vieux con", il fait tout pour se sentir vivant. S'amusant comme un gamin, cherchant à tromper sa femme. Des phases exaltées précédents les phases de grosses déprimes assénées à coup de médocs.

Le sujet est traité avec légèreté. Malgré les évènements, le film n'est jamais oppressant, ou triste. Le sentiment - de solitude, de blues - n'est jamais totalement éprouvé. Le film ne tombe pas dans le tragique. On sent bien pourtant que le film tend au romanesque (histoire d'amour déchue, médiation sur le temps qui passe, blues de la cinquantaine), mais s'arrête toujours à temps, rattrapé par des détails absurdes, mais qui font le quotidien, et qui séparent, dans le fond, la fiction de la réalité. Le film se complait dans les clichés, pour mieux s'en distancier, les tourner en dérision, et c'est justement là qu'apparait toute la saveur subtile de ce métrage. La dernière phrase qu'adresse Luke à son "amoureuse" m'apparait d'ailleurs comme un pied de nez à ces sentiments faux, exagérément emphatiques, et marque on le suppose un changement dans la vie de Luke. Comme tournant le dos à ces sentiment faux, souvent épinglés et mis en scène par les adolescents.

Le changement, il s'explique aussi dans la personne du docteur. C'est ce qui est, à mon sens, intéressant, chaque personnage est une clé de la compréhension de l'autre. La musique est également importante. C'est déjà, celle de cette époque (1994), mais surtout d'une époque nouvelle. La célèbre chanson de Lou Reed remixé par A Tribe Called Quest, est un exemple flagrant de changement. Très bonne B.O rap !

Et grâce à tout ça, Jonathan Levine nous livre une comédie très chaleureuse. J'ai beaucoup ris. Simple, très simple parfois, des comiques de situations, mais en fait très subtil. C'est un peu comme rire d'une blague vulgaire, non pas pour la blague, mais pour la visée critique qu'à le conteur sur sa propre blague. En filigrane...