dim 8 mar 2009
Sa Majesté des mouches - Peter Brook (1965)
08 03 2009
Carlotta, c'est le personnage peint du film Vertigo (Sueurs froides) d'Alfred Hitchcock et qui est l'objet de l'obsession du personnage de James Stewart. Peut-être est-ce un hommage, ou peut-être pas, mais Carlotta films est une société d'édition de DVD qui ressort pour notre plus grand bonheur des trésors oubliés du passé cinématographique. L'une de leurs dernières redécouvertes est Sa majesté des Mouches, un film de Peter Brook datant de 1965.
Durant la seconde guerre mondiale, des familles aisées anglaises décident d'éloigner leurs jeunes garçons de la menace des bombes allemandes en les envoyant en Australie. L'avion qui les emporte s'écrase sur une île déserte sans qu'aucun adulte ne survive.
Complètement livrés à eux-mêmes, ils essaient de s'organiser pour survivre, désignant un chef démocratiquement. Mais bien vite, la nature humaine prend le dessus et leurs mœurs policées laissent la place à une organisation tribale régie par la loi du plus fort. Menés par un chef charismatique, ils retombent à l'état sauvage.

Ralph, le chef à la conque, celui qui a été élu, représente les restes de la société. Il n'est pas la justice ni la gentillesse même, mais il fait tout pour ne laisser personne de côté. Jack, le chasseur meurtrier, réussi par son charisme, sa violence et par la peur à s'approprier le pouvoir et à gagner l'adhésion du groupe. Obtenir le pouvoir en suscitant la peur dans le groupe, par le charisme, cela ne sera pas sans évoquer de nombreux épisodes de notre histoire récente. Les victimes en seront la vérité, la mesure, la sagesse et l'innocence, incarnées par Piggy, le jeune garçon trop gros, portant des lunettes, autrement dit, la représentation de la différence, différence que la cruauté inhérente à l'homme ne peut tolérer.

Peter Brook, avec un très petit budget réussit ici à faire un film mythique au sens littéral du terme. Le sujet est extrêmement riche et intéressant. Ce film fait écho, bien sûr, au mythe de Robinson Crusoé, mais aussi à celui du retour à l'état sauvage et au rôle de la société face à l'homme. Faisant écho à Hobbes, on peut en faire cette lecture, que l'homme reste un loup pour l'homme, animal mesquin et cruel qui, sans la supervision de la société, succombe immanquablement à la loi du plus fort et à la barbarie.
Un film court, à petit budget, pas très impressionnant techniquement, mais qui dépasse largement le cadre du conte pour enfants pour prendre une dimension universelle. La force qui se dégage du dernier tiers du film pour finir en apothéose occupera sans nul doute l'esprit du spectateur encore plusieurs jours après la vision.

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